Sur le Camino del Norte : de Vilalba à Sobrado-dos-Monxes

Sur le Camino del Norte : de Vilalba à Sobrado-dos-Monxes

Si la semaine dernière, entre Ribadeo et Vilalba, a été compliquée d’un point de vue logistique, le Camino del Norte s’est avéré bien plus simple à gérer jusqu’à Sobrado-dos-Monxes.

Cette fois-ci, le découpage de nos étape se fait donc très naturellement. Tout d’abord, comme il n’y a aucun gîte entre Vilalba et Baamonde, nous aurons donc dix-neuf kilomètres à faire le premier jour.

Ensuite, pour couper la quarantaine de kilomètres qui séparent Baamonde de Sobrado, nous avons plusieurs possibilités. Grosso modo, comme il y a des albergues à douze kilomètres et à vingt-quatre kilomètres de Baamonde. Ainsi, nous pouvons :

  • Faire une étape de 12 km et une de 28 km 🙁 .
  • Faire une étape de 24 km et une de 16 km. C’est un peu mieux mais les 24 km nous font un petit peu peur, surtout avec un peu de dénivelé et une « longue » étape la veille.
  • Faire deux étapes de 12 km et une de 16 km.

Nous privilégions d’emblée la troisième solution et nous assurons que les albergues que nous envisageons sont ouverts. Nous réservons même dans le petit gîte de dix lits.

Et du fait que toutes nos étapes sont définies et bien préparées, du fait aussi que les nuits sont maintenant fraîches, nous laissons les tentes à la voiture.

Entre Vilalba et Sobrado, le Camino del Norte continue donc son bonhomme de chemin dans les collines de Galice. Il nous fait ainsi découvrir la campagne profonde (que nous adorons), loin de tout, malgré quelques passages à proximité de grandes voies de communication.

De Vilalba à Baamonde

La sortie de Vilalba

Depuis notre merveilleux gîte de As Pedreiras, juste à côté du Conservatoire, nous regagnons le Camiño vraiment tout proche. Nous passons devant l’église Santa María, prenons une petite rue, passons les dernières maisons de la ville. Nous nous retrouvons alors sur un joli chemin de campagne, au milieu des prés.

camino-norte-vilalba-sobrado- randonneuse marchant dans chemin bordé de pierres à l'orée d'un bois

La sortie de Vilalba est donc un vrai bonheur !

Nous traversons ensuite la petite rivière en contrebas de la ville, délaissons la voie verte qui la longe et montons vers la forêt.

Les hameaux hors du temps

Nous traversons alors une ferme où le temps n’a eu aucune prise. La vie ici semble ne pas avoir connu la spirale infernale de la modernité. Tout paraît immuable.

camino-norte-vilalba-sobrado- cabane de pierre, de bois et de tole à l'orée des bois

Et cette vie, que nous devinons simple, à l’écart de tout, nous la retrouverons à plusieurs reprises le long du Camino del Norte, entre Vilalba et Sobrado-dos-Monxes. Cette semaine, nous traversons en effet une campagne à l’écart de tout.

LA grimpette de la journée

Depuis la rivière à la sortie de Vilalba, le camino grimpe à travers bois, principalement. C’est ici que nous faisons la majeure partie du dénivelé de la journée. Nous en retrouverons un peu juste avant d’arriver à Baamonde, en toute fin d’étape.

Le coin pique-nique

À la sortie de la forêt, nous sommes tout proches de l’autoroute, que nous traversons.

Tout de suite après le pont, nous nous arrêtons à un petit coin pique-nique couvert, avec distributeur de boissons chaudes, de boissons fraîches, de snacks… Inattendu (et apprécié), vraiment 🙂 !

Alba

Nous repartons et suivons alors un chemin qui débouche bientôt sur la Nationale. Nous la traversons deux fois de suite après avoir appuyé sur les boutons qui font clignoter les panneaux de danger. C’est la toute première fois que nous voyons ça !

camino-norte-vilalba-sobrado- cimetière avec croix très hautes

Nous sommes à Alba où se trouvent la Iglesia de San Xoan et un cimetière néogothique. Il y a aussi un abri de l’autre côté de l’église.

A Torre

C’est par des chemins de terre magnifiques, bordés de murets de pierres levées que nous arrivons à A Torre.

La semaine dernière, nous disions qu’il pouvait y avoir des bornes jacquaires tous les cinquante mètres. Eh bien, là, nous avons un record : à A Torre, deux bornes sont distantes de 22 m. Nous sommes à peu près à mi-étape.

camino-norte-vilalba-sobrado-chemin pavé et goudronné avec deux bornes jacquaires à peu de distance l'une de l'autre
Il y a 22 m entre ces deux bornes !

Jusqu’ici, nous n’avons jamais vu moins !

Le Ponte de Saá

Nous continuons sur des chemins merveilleux et traversons de nouveau la Nationale ainsi que l’autoroute. Ça, c’est quand même nettement moins chouette !

Par contre, juste après, nous arrivons au Río Labrada, que nous passons sur le Ponte de Saá. Une pause (assez courte) s’impose. Le coin est vraiment très beau.

La Capela do Carmo et l’Ermida de Santo Adrían

Le Camiño passe ensuite par des petites routes et chemins forestiers dans une succession de petits hameaux.

Nous arrivons alors à la petite Capila do Carmo, en limite de forêt. Un kilomètre plus loin, nous passons devant l’Ermida de Santo Adrían, à côté de laquelle a été aménagée une petite aire de repos avec bancs et fontaine, taillés dans le granite.

camino-norte-vilalba-sobrado-randonneur regardant une petite chapelle blanche en bord de route
La Capila do Carmo

Fin d’étape

Nous rejoignons ensuite Baamonde par de petites routes et contrairement au reste de l’étape, la fin est un peu monotone et lancinante.

Nous avons donc du mal à terminer cette petite vingtaine de kilomètres. Le clou du spectacle, c’est en fait la dernière côte, le long de l’autoroute, juste avant d’entrer dans la bourgade.

Ce qui nous a surtout motivé, c’est que Baamonde est à un tout petit peu de 100 km de Saint-Jacques-de-Compostelle. À plus de 100, mais à moins de 101 🙂 ! Demain, nous passons donc la borne des 100 km !

De Baamonde à A Lagoa

Baamonde

Nous quittons le gîte municipal (lui aussi avec cuisine 🙂 , mais sans vaisselle 🙁 ) vers 8h30 et voyons au bout de la rue une bifurcation. D’un côté, le Camiño principal avec ses 100,4 km et de l’autre, une variante avec ses 101,8 km.

Aujourd’hui, la distance nous importe peu car nous n’avons qu’une douzaine de kilomètres à faire. Par contre, nous tenons à rester sur le Camiño principal pour être sûrs de voir la borne des 100 km. Il n’y en a peut-être pas sur la variante. Cependant, cet itinéraire alternatif permettrait d’éviter le tronçon de Nationale que nous allons suivre pendant plusieurs kilomètres.

camino-norte-vilalba-sobrado- vierge à l'enfant sculptée en bas-relief

Avant d’aller immortaliser notre passage devant LA borne, nous nous arrêtons à l’église Santiago, à côté de laquelle se trouvent un calvaire et un énorme châtaignier. Cet arbre, en fait, est encore debout grâce à Victor Corral, enfant du pays et artiste à la renommée internationale. Pour éviter que ce châtaignier séculaire ne passe par la tronçonneuse, Victor Corral y a sculpté une Vierge à l’Enfant.

LA borne des 100 km !

Après avoir vu cette œuvre salvatrice, nous reprenons la route. Le Camiño, à la sortie de Baamonde, longe la Nationale. Heureusement, le bord de route est très large.

Nous arrivons à une borne. Non, ce n’est pas encore celle-là : c’est sans doute la suivante, que nous apercevons plus loin.

À mesure que nous nous approchons, nous remarquons un petit tas de pierres quelques mètres avant LA borne. Nous pensons immédiatement à une petite stèle : quelqu’un serait décédé ici, à une centaine de kilomètres du but.

En fait, nous constatons qu’il n’y a pas de borne des 100 km mais que la borne où nous sommes est celle des 99,994 km ! Si, si, sans blague ! 99,994 au lieu de 100,000… Pourquoi ??? Nous ne comprenons pas. Il ne leur restait peut-être plus de 0, à l’imprimerie ?

Quoiqu’il en soit, des pèlerins ont trouvé des pierres, les ont entassées six mètres avant la borne officielle et y ont inscrit « 100 km ». Ce petit tas de pierres n’est donc pas une stèle mais bel et bien LA « borne » des 100 km symboliques.

Le Ponte et la Capila de San Alberte

Après plusieurs kilomètres sur le bord de la Nationale, le Camiño la quitte et traverse la voie ferrée juste à côté. Dans la foulée, il passe alors sur le Ponte de San Alberte qui enjambe le Río Parga.

Nous passons ensuite vers la chapelle San Alberte, cachée au milieu des bois.

Bandoncel

Le chemin forestier, magique, nous emmène jusqu’au petit hameau de Bandoncel.

Ici se trouve une nouvelle alternative. Soit on suit à gauche l’itinéraire décrit dans notre guide, passant par Miraz, soit on prend à droite par Parga et As Cruces.

Dans le premier cas, le Camiño est bien équipé en albergues et passe par de petits chemins et petites routes de campagne. Sur la nouvelle variante, qui fait 9 km de moins, on ne peut s’arrêter qu’à A Pobra de Parga, tout près de Bandoncel et on est longtemps sur la route.

Nous choisissons sans hésiter de rester sur le chemin de Miraz et de passer par les gîtes de A Lagoa et Roxica, même s’il est plus long. La variante du Camino del Norte par As Cruces est sans doute très intéressante pour qui fait Baamonde-Sobrado en une seule étape.

Wouah, la vache !

Par de jolis chemins et de petites routes, nous traversons prairies, forêts et hameaux isolés.

Après avoir fait la pause-déjeuner à Digañe, nous continuons jusqu’à Santa-Leocadia. Nous y voyons un petit troupeau de vaches que l’éleveur mène d’un pré à un autre.

Et elles connaissent bien le chemin. Parfois, elles se mettent même à courir.

Nous pouvons dire que c’est très impressionnant. Surtout qu’elles suivent le Camiño, et que nous sommes juste devant elles, à dix ou vingt mètres seulement. Et nous avons beau nous réfugier dans la forêt, elles nous suivent quand même !

Nous sommes un peu rassurés quand elles quittent le chemin.

A Lagoa

Finalement, nous traversons les hameaux de Seixón. Nous y découvrons une maison aux coquilles Saint-Jacques de toutes les couleurs ainsi que la maison d’un sculpteur. Les pèlerins peuvent d’ailleurs s’y arrêter pour faire tamponner leur crédenciale.

A Lagoa et son auberge-bar-restaurant est juste après, au terme d’une étape magnifique, variée et jamais ennuyeuse (si l’on oublie les tout premiers kilomètres le long de la route).

De A Lagoa à Roxica

Comme nous n’avons qu’une douzaine de kilomètres à faire aujourd’hui, nous partons tard de l’albergue. Nous ne sommes pas sortis du hameau que nous passons devant un deuxième gîte.

La fraîcheur matinale nous incite à marcher assez vite afin de nous réchauffer. Nous avançons aussi assez rapidement pour fuir une odeur pour le moins désagréable. En effet, un poulailler industriel a tendance à pourrir l’atmosphère à des centaines de mètres à la ronde.

Miraz

Nous fuyons donc. Et, par un magnifique chemin bordé de murets de pierres posées sur chant, nous arrivons à Miraz. Nous passons d’abord au pied de la Torre médiévale puis à côté de la Igrexia de Santiago.

camino-norte-vilalba-sobrado-église avec des croix de cimetière devant

La lande

Dès les dernières maisons du village, le décor change du tout au tout.

En effet, les forêts de feuillus et les prairies que nous traversions jusqu’à présent disparaissent tout à coup. Elles font maintenant place à une lande de bruyère aux rochers affleurants et aux bois de conifères. Le changement est brusque et vraiment surprenant !

Le Camiño traverse ensuite quelques forêts où châtaigniers et pins maritimes se côtoient et arrive sur la lande de O Ribeiro. Ici, à mille lieues de toute habitation, se trouve une ferme isolée.

Nous faisons la pause-déjeuner, un tout petit peu plus loin, au milieu des ajoncs et des bruyères. Nous y restons longtemps, profitant de ce soleil qui nous accompagne encore.

Roxica

Le Camiño quitte ensuite cette lande dont la présence nous étonne encore pour entrer dans un décor de collines où alternent prairies et forêts de feuillus.

C’est ainsi que nous arrivons, par de petites routes, au gîte de Roxica, perdu dans cette merveilleuse campagne galicienne.

camino-norte-vilalba-sobrado- randonneurs sur chemin en bord de prairie

De Roxica à Sobrado-dos-Monxes

Nous repartons de Roxica vers 9h00, pour une étape de quinze ou seize kilomètres.

Le tracé du Camiño suit maintenant principalement des petites routes. Nous traversons ce matin encore de jolis paysages vallonnés. Ici aussi, l’habitat est disséminé dans les collines où alternent forêts et pâturages.

camino-norte-vilalba-sobrado-paysage de collines avec prés et forêts

Au fil de nos pas, nous nous approchons des éoliennes que nous apercevons depuis hier.

La grande route

À proximité de Pedramaior, la petite route devient un court instant chemin avant de se transformer en grande route que nous allons suivre sur environ quatre kilomètres.

camino-norte-vilalba-sobrado-chemin creux en lisière de forêt d'eucalyptus

Cependant, nous n’avons jamais été en danger le long de ce grand axe : la piste réservée aux piétons et aux cyclistes est très nettement séparée de la chaussée principale. À tel point que nous n’avons même pas trouvé ça très long.

Marco das Pías, 710 m d’altitude

C’est aussi le long de cette route que nous passons le point culminant du Camino del Norte : à partir Miraz, nous avons progressivement quitté le plateau où se trouve Vilalba et monté jusqu’ici tout en douceur pour maintenant redescendre sur Sobrado.

Le chaos granitique

Nous quittons la route à O Mesón, petit village que nous traversons. Peu après, un joli sentier nous mène au cœur d’un petit chaos granitique. C’est vraiment le genre d’endroit où nous nous sentons bien. Nous y faisons donc une pause.

camino-norte-vilalba-sobrado- persoonne assise sur un gros rocher

Lagoa de Sobrado

C’est par de très jolis chemins creux (et un tout petit peu de route) que nous arrivons au lac de Sobrado, à un kilomètre du centre de la bourgade. Nous touchons au but et comme il n’est pas tard, nous faisons une nouvelle pause ici.

Creusé par les moines au début du XVIème siècle pour réguler et contrôler les eaux de cette région (et avoir aussi un peu de poisson 🙂 ), ce lac est maintenant une réserve naturelle où cohabitent de nombreuses espèces animales et végétales.

Sobrado-dos-Monxes

Pour aller du lac au centre du village, nous devons longer la route sur quelques centaines de mètres avant de prendre les petites rues.

Rien de bien terrible. Cependant, il passer sur le pont pas très large (pour une route assez passante), en virage (sans vraiment de visibilité) et surtout sans aucun trottoir ou bord aménagé. Bref, nous n’étions pas vraiment rassurés sur ce pont.

Une fois ce danger passé, nous arrivons très vite au monasterio de Santa María de Sobrado dos Monxes qui se trouve dans le centre de cette petite bourgade. Ce monastère cistercien abrite notre albergue de ce soir.

Nous sommes vraiment impressionnés par ce gîte. Tout d’abord, l’accueil y est impeccable et très chaleureux (et en Français, et sans accent !). Ensuite, le cadre est merveilleux : les pièces de vie (chambres, cuisine, sanitaires, laverie…) sont installées autour d’un cloître. Enfin, les installations (lits, appareils électroménagers…) sont on ne peut plus modernes.

Nous apprenons aussi que ce monastère accueille des pèlerins depuis que le pèlerinage vers Compostelle existe. C’était un des principaux établissements sur la route de Santiago. Peut-être même le plus important. Le monastère de Sobrado était en effet, autrefois, le point de jonction du Camino del Norte et du Camino Primitivo. Les gens des environs racontent même que le Camino Francés, au tout début, passait par ici. Les moines de Sobrado devaient donc accueillir un nombre important de pèlerins.

camino-norte-vilalba-sobrado-église à deux clochers en contrejour

Entre Vilalba et Sobrado-dos-Monxes, sur le Camino del Norte

La logistique sur cette partie du Camino del Norte a été assez simple, mis à part la gestion du retour sur Vilalba pour ramener la voiture vers Sobrado. De ce fait, nous avons même pu laisser les tentes à la voiture. Et mine de rien, cinq ou six kilos de moins sur les épaules, ça fait du bien.

Cette semaine a aussi été très importante pour nous car nous sommes passés sous la barre des 100 km restants, même si la borne des 100,000 km n’existe pas sur ce Camino. À Sobrado, nous ne sommes plus qu’à 60 km de Santiago !

Nous nous rapprochons donc vraiment de Saint-Jacques-de-Compostelle et ça, ça fait plaisir. Nous sommes bientôt au bout de notre pérégrination… et de nos efforts.

Mais ça nous impressionne aussi beaucoup. D’une part parce que nous allons bientôt rejoindre la vie trépidante du Camino Francés, ce qui nous inquiète un peu. D’autre part parce que nous commençons vraiment à nous demander quelle seront nos réactions à notre arrivée devant la cathédrale de Santiago. La semaine prochaine sera sans doute très riche en émotions.


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